CiviCRM, logiciel libre de gestion associative

, par  François SOULARD

CiviCRM

CiviCRM est actuellement l’un des plus populaires logiciels de gestion associative en ligne [1], inspiré des outils de « gestion clientèle et commerciale » activement développés dans le monde de l’entreprise sous l’appellation de Customer Relationship Management (CRM). Lancé en mars 2005 dans une première version 1.0 non-libre, rapidement convertie l’année suivante en logiciel libre distribué sur la plate-forme Sourceforge, il a été utilisé depuis lors par des organismes tels que la Wikimédia Foundation, Concern Worldwide, Amnesty International, l’UNESCO, Creative Commons, la Free Software Foundation pour des importantes opérations de collecte de financement et d’action humanitaire. Alors que ce champ méthodologique est encore largement formaté par la vague déferlante des sciences managériales, des logiciels propriétaires et de l’offre commerciale aux entreprises, le projet CiviCRM a su inventer une réponse innovante et bottom-up à la demande d’outillage organisationnel de la société civile. Il continue à s’appuyer pour cela sur un travail fidèle et intensif avec les acteurs sociaux et la communauté de développeurs, ce qui lui garantit d’ailleurs un horizon durable et prometteur.

CiviCRM pour quoi faire ?

D’une manière générale, l’application CiviCRM facilite l’administration en ligne des ressources humaines, du capital social, des dons et adhésions, des actions thématiques et des initiatives pour les organisations de tailles très variables souhaitant avancer vers une gestion plus intégrée et relationnelle de leur « métabolisme » coopératif. L’application a initialement mis l’accent sur des fonctionnalités de collecte de fonds et de publipostage par courriel/SMS, puis s’est élargi à l’administration des membres et des équipes de travail, de suivi des activités, des campagnes de communication, des financements et des relations partenariales des organisations. Son spectre de fonctionnalité est avant tout généraliste et n’entre pas dans des besoins plus focalisés comme la gestion des locaux et des biens, des documents ou des procédures. Le cœur du modèle conceptuel de données de CiviCRM est bâti sur la caractérisation des personnes, des organisations, des groupes, des activités et des relations établies entre eux. A un second niveau d’abstraction s’organisent les contributions, les événements, les rapports/compte-rendus, les pétitions et d’autres composants additionnels, avec la possibilité d’utiliser des méta-éléments (séquence d’interaction, campagnes, catégories et relations) pour favoriser les imbrications et les cohérences transversales, créant au final une trame assez complexe à appréhender mais aux vertus pédagogiques et « modélisantes » pour la vie organique des réseaux.

Avec la forte polarisation de l’outillage de gestion autour des demandes de l’entreprise et le bourgeonnement de services spécialisés en ligne, le tiers secteurs est de fait longtemps resté dans l’absence de solutions intégrées de gestion et en licence libre lui permettant d’aller vers une valorisation plus granulaire et unifiée de son infosystème. Sans compter que dans la pratique, la plupart des organisations sociales de petites tailles se donnent rarement les moyens de mettre en cohérence leur vision politique, leur culture de l’action collective et leur boîte à outil méthodologique, en travaillant plus étroitement sur le liens entre les lignes stratégiques et l’ingénierie interne. Il s’agit d’un effort coûteux, surtout culturel et communicationnel, qui fait que l’outillage de la société civile repose en bonne partie sur des logiques à forte délégation des compétences méthodologiques et sur l’usage d’instruments compartimentés (courriel, réseaux sociaux, tableurs, site web, annuaire). S’il est vrai que la culture digitale se popularise rapidement et contribue à transformer le modus operandi des réseaux, beaucoup continuent à sous-politiser les questions stratégiques et technologiques et à accumuler des outils et des données stratégiques sous la forme de « silos » étanches faiblement interopérables voire incompatibles entre eux. L’originalité de CiviCRM est justement d’occuper ce lieu vacant dans les outils de gestion des organisations et de mettre l’accent sur une intégration plus « naturelle » entre les valeurs coopératives, la communication en réseau et les multiples dimensions de l’infosystème associatif, moyennant certains critères méthodologiques en amont pour l’adapter ou le ré-agencer.

Cette originalité se voit d’abord dans le fait que CiviCRM fonctionne avant tout en couplage avec trois grands gestionnaires de contenus sur le web (CMS) : Drupal, Joomla et Wordpress. CiviCRM s’intègre à ces trois moteurs de site web faisant en sorte que ses contenus (et d’autres éléments comme les utilisateurs, les rôles et droits d’accès) puissent être mobilisés en front office dans la structure du CMS. Elle réside ensuite dans la modularité, c’est-à-dire dans la possibilité de calibrer l’application suivant la gamme de fonctionnalités attendues, par exemple pour le lancement d’une simple campagne d’adhésion par e-mail ou bien pour faciliter la collaboration de différentes équipes internationales autour de stratégies de cofinancement et de communication en réseau. Certaines fonctionnalités et modules d’extensions se rapprochent des outils spécialisés de gestion des entreprises (Enterprise Ressource Planning – ERP), notamment avec la gestion des ressources humaines et la pré-comptabilité financière. Enfin, troisième originalité de CiviCRM qui lui vient de son enracinement dans le logiciel libre et des synergies avec la communauté d’utilisateurs : l’interopérabilité des formats de données et sa flexibilité. Il est possible à tout moment d’importer/exporter des données d’une application à une autre via l’interfaçage API ou le protocole LDAP, de faire correspondre manuellement les champs à incorporer (à partir du format CSV parmi d’autres formats d’échanges RSS, JSON, XML). Par ailleurs de nouveaux champs et groupes de données peuvent être mis en place dans les différents corpus existants.

Si l’objectif est d’améliorer la connaissance et le suivi des partenaires associatifs (tracking), il n’en demeure pas moins que la grammaire, les formats et les fonctionnalités de CiviCRM proviennent en premier lieu d’une « fabrique » sociale et associative, qui portent en eux-mêmes une vertu méthodologique et organisante pour les acteurs en recherche d’outillage et de redéfinition stratégique. La bibliothèque d’expériences utilisateurs en ligne est très utile pour s’orienter dans les itinéraires de migration et de mise en œuvre de CiviCRM. On peut percevoir que les gains potentiels obtenus sont moins des gains d’optimisation des tâches de gestion que des gains en intelligence collective et en communication stratégique. En combinant la grande flexibilité de CiviCRM et de Drupal, les organisations sociales disposent au final d’un très large spectre de fonctionnalités et de fiabilités pour faire un saut en avant dans leur stratégie de communication et d’organisation de l’infosystème.

Communauté, code source et usabilité

Après dix ans d’existence, CiviCRM forme aujourd’hui une grande famille comprenant une équipe de coordination de huit personnes (basées aux USA, en Inde et en Espagne autour d’une société à responsabilité limitée à but non lucratif), une cinquantaine de partenaires de premier cercle (surtout localisés dans en Europe et en Amérique du Nord), plus de 10000 utilisateurs dans le domaine des organisations sociales et des institutions et un agenda collaboratif (une conférence annuelle et de multiples rencontres d’échanges et de programmation). Près de 4000 téléchargements mensuels du logiciel étaient comptabilisés en décembre 2014. Une application de synchronisation [2] (en lecture seule pour l’instant) a été lancé sur Android.

Le code source de CiviCRM est sous licence AGPLv3 (GNU Affero General Public License 3). L’application est développée en PHP et s’installe fluidement côté serveur sur un environnement de type xAMP (Linux/Windows/Mac, Apache, MySQL, PHP) similaire à celui des moteurs de site web Drupal, Wordpress et Joomla. L’internationalisation de l’interface et la documentation (essentiellement en anglais) sont complètes, sauf les modules les plus récents qui ne sont pas encore documentés. L’installation sur Drupal semble donner plus de fiabilité et de fonctionnalités qu’avec Wordpress et Joomla.

Il va de soi que ce type d’application est un « gros morceau » qui implique un cycle itératif de définition des besoins, de configuration et de personnalisation, de tests et de formation au sein des utilisateurs. L’ensemble des tâches d’administration et de personnalisation s’effectue essentiellement depuis l’interface (qui mériterait plus d’attention au niveau de l’ergonomie mais qui reste tout de même ergonomique) sans toucher au code source.

Liens

- Documentation :http://en.flossmanuals.net/civicrm
- Bac à sable : http://crm.rio20.net http://d46.demo.civicrm.org
- Site officiel : http://civicrm.org/
- Code source :http://sourceforge.net/projects/civicrm/ https://github.com/civicrm
- Études de cas et expériences d’utilisateurs : https://civicrm.org/civicrm-blog-categories/case-studies-and-user-stories
- Extensions de CiviCRM : https://civicrm.org/extensions

Voisinage avec d’autres outils

- MyCollab
- Redmine
- Odoo
- Tryton

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