Atelier les enjeux écologiques du numérique

, par  Florian, Quentin HARADA

Suite à l’atelier du jeudi 3 mai animé par Quentin de la Boussole ( https://laboussole.coop ), voici un petit panorama des conséquences écologiques de la présence accrue du numérique dans tous les champs de nos existences et, pour ne pas finir désespéré-e, des pistes pour mieux prendre en compte cette dimension.

Le numérique, dématérialisé ? Petit aperçu de l’architecture du net.

Internet, ce sont des ordinateurs reliés entre eux, chaque action sur l’Internet crée des chaînes d’informations envoyées le long de câbles physiques de plusieurs milliers de kilomètres. C’est le cas pour la navigation web ou pour l’envoi de mails par exemple.

De son ordinateur, si on souhaite aller sur le site du Monde.fr, l’ordinateur crée une connexion qui passe par un fournisseur d’accès internet (FAI), contacte un annuaire (DNS) pour trouver où est le site du Monde.fr, revient à nous, se dirige ensuite vers le site du Monde.fr, qui nous envoie finalement son contenu.

Le trajet est long et tout au long du trajet on retrouve des ordinateurs, des câbles, des baies de serveurs hébergés dans des centres de données, avec un fort besoin de dupliquer l’ensemble des disques durs en cas de défaillance, et un besoin d’infrastructure de refroidissements autour pour éviter les surchauffes.

Pour l’envoi de mail, c’est un trajet encore plus long avec deux arrêts complémentaires sur des serveurs de mail (ceux de Globenet pour ritimo.org par exemple). Ce long périple coûte d’autant plus d’énergie que le mail est lourd (avec pièces jointes), ou que les destinataires sont plus nombreux.

Quelle consommation électrique cela entraîne ?

Pour la France, l’ADEME a démarré la réflexion sur le sujet en 2011 avec un ensemble de conditions hypothétiques afin de produire des équivalences « pollution » selon des situations données.

Hypothèses : 1 mail de 1MO environ 15 g de CO2 et 33 mails par jour envoyés/58 mails reçus pour un salarié par jour en France au sein d’une entreprise de 100 personnes ?

Résultat : 180 kg CO2, ce qui correspondrait à 14 A-R Paris New York pour cette entreprise par an

Combien il y a d’envoi de mails ? En 2009, 247 Mds, et aujourd’hui, des nombres impressionnants défilent sur Internetlivestats, un projet qui vise à donner une idée des échanges sur l’Internet.

Production et obsolescence programmée

80 % de l’impact écologique tient à la fabrication mais ça n’exclut pas les réflexions quotidiennes et les gestes d’hygiène écologique autour de la consommation des produits.

La réutilisation est donc un enjeu majeur, face à un renouvellement pour smartphone toujours plus rapide au sein des pays « industrialisés » (Fabrice Flipo, La face cachée du numérique) avec une moyenne de 18 mois, pour des espérances de vie des appareils de 7 à 8 ans. Ainsi, conserver trois années supplémentaires son ordinateur permet des économies notables de CO2.

Outre ce renouvellement très rapide, qui repose en partie sur le caractère de prescripteur social du téléphone et de l’ordinateur portables, les fabricants peuvent inclure des mécanismes d’obsolescence. Les puces pour les cartouches d’encre en sont un cas connu : certains fabricants limitent l’usage de cartouches alternatives ou veillent à ce qu’au-delà d’un plafond d’impression, le matériel cesse de fonctionner. D’une manière plus insidieuse, c’est aussi le cas pour les logiciels qui nécessitent pour être mis à jour des exigences plus élevées sur le matériel (un processeur plus rapide, davantage de mémoire vive).

La composition des appareils inclut aussi de nombreux matériaux, dont des métaux rares ce qui pose des problèmes d’extraction de ressources et aussi des problèmes humains, dans la mesure où ces matériaux se trouvent principalement dans quelques États peu respectueux des droits humains.

Et cette multiplication des objets numériques va se poursuivre avec l’Internet des objets (les enceintes connectées, les frigos connectés...). Une étude de 2014 du cabinet IDC envisage qu’en 2020, 212 Mds d’objets numériques et connectés seront présents sur la planète. Outre les questions de sécurité informatique qu’ils posent, chaque objet a aussi besoin de communiquer par Internet et est produit avec des matériaux semblables à ceux utilisés pour les portables ou les téléphones.

Le passage du papier au numérique, est-ce vraiment écologique ?

Deux études mettent en lumière l’avantage à utiliser du papier ou du numérique pour communiquer une information.

Sur la question des factures, Ecoinfo (CNRS) souligne que la facture numérique est plus écologique s’il n’y a pas d’impression et si la consultation est de courte durée (moins de 5 minutes) sinon c’est la facture papier (y compris avec l’acheminement, l’enveloppe, etc.).

Carbone 4 a produit une étude sur les liseuses : combien de livres lus par an pour une personne pour qu’une liseuse soit rentable écologiquement ? Environ 100 livres en France, en tenant compte de l’ensemble de la chaîne du livre.

Qu’en est-il du recyclage en France ?

La filière est centralisée et organisée au travers de D3E pour la valorisation des déchets électroniques. En pratique, les sous-traitants s’exportent fréquemment sur d’autres continents pour finir en décharge. Des circuits courts, limités, existent auprès des ressourceries ou d’associations comme Emmaüs par exemple.

Usages et technologies alternatives

Que faire en partant de sa capacité d’action individuelle ? On peut l’aborder au travers de quatre entrées en forme d’interrogation.

1) En ai-je besoin ? Ne pas posséder d’appareils numériques est un moyen efficace de ne pas en faire l’usage.

2) Où puis-je l’acheter neuf ? La fabrication responsable selon des critères écologiques se développe. Aujourd’hui le Fairphone est le téléphone grand public qui a poussé le plus loin cette réflexion.

Greenpeace et Ifixit ont proposé une étude de quelques produits selon leur durabilité et leur réparabilité https://www.rethink-it.org/en/

Une autre alternative à l’achat de matériel neuf est le lowtech, qui consiste à faire ce dont on a besoin à un coût moindre. Le plus connu des appareils pour cela est le Raspberry Py où l’ordinateur est tout entier intégré sur une petite carte. Un avantage certain sur la consommation électrique mais avec de fortes contraintes sur les capacités et la puissance de la machine.

Est-ce qu’il existe des fournisseurs de service, notamment mail, plus éthique ? Certains assurent utiliser des énergies renouvelables pour gérer leurs serveurs, en réfléchissant aussi à la conception globale pour obtenir un refroidissement passif (forte similitude avec les techniques de permaculture).

3) Et si je profitais du marché de l’occasion ? De multiples sites existent pour organiser des ventes vers des particuliers ou pour reconditionner des appareils (c’est-à-dire remettre à neuf, souvent en offrant une nouvelle garantie).

4) Mon ordi montre des signes de faiblesse, si je le basculais vers du logiciel libre ? Les systèmes d’exploitation libres sont généralement moins gourmands en ressources et peuvent donc fonctionner correctement sur des machines anciennes. Par ailleurs, un logiciel libre ne fait que ce qu’il est supposé faire, et n’envoie donc pas nos données personnelles sur le réseau en toute indiscrétion (comme le fait Windows 10 par exemple). Des associations, mais aussi des particuliers, prolongent la durée de vie de leurs appareils en les faisant basculer sur des systèmes d’exploitation libres.

Voir en ligne : Résumé d'un mini atelier écologie et numérique - La Boussole

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